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Histoire de la médecine
Le seul corps du Roi
Jean Deleuze le 20-12-18

Livre. Le corps du roi. Incarner l’État de Philippe Auguste à Louis-Philippe. Par Stanis Perez Éditions Perrin, Paris, 2018, 480 pages, 25 €.


Qu’est-ce qu’un corps royal ? Ernst Kantorowicz distinguait dans la personne du roi un corps terrestre soumis aux aléas de la vie et un corps politique dans lequel s’incarnait la fonction et qui ne mourrait jamais selon l’expression « Le roi est mort, vive le roi ! », une analyse liée aux grands rituels du sacre et des funérailles qui rythmaient la succession des monarques. À cette théorie du « double corps du roi », longtemps dominante, Stanis Perez oppose, pour comprendre comment le pouvoir s’est incarné physiquement, un regard plus nuancé porté par l’historiographie moderne du corps et donc plus attentif aux événements de la vie quotidienne (hygiène, repas, sexualité, maladies…). Cette approche d’une grande richesse révèle que le corps des rois n’a jamais cessé d’être questionné, qu’il a soulevé souvent bien des difficultés, mais aussi permis certaines opportunités. À l’époque médiévale, deux exemples montrent combien le corps royal a pu paraître déroutant. Ainsi saint Louis, usant du pouvoir des rois de France de guérir les écrouelles, se complaisait à toucher sans précautions les souillures des mendiants et même leur sang, ce qui était alors redouté. Cette mortification volontaire visait à effacer son corps sur le chemin de la sainteté, le paradoxe étant qu’à sa mort on se disputera longtemps ses reliques, donnant à ce corps nié de son vivant une pérennité post mortem inattendue. L’autre corps royal qui déconcerte, par la crasse et les pustules dont il est recouvert, est celui de Charles VI devenu fou en 1392. Malgré le recours à des reliques sacrées et les prières de la foule…