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Plus de kiné dans la bronchiolite ?
Sydney Sebban, Jean-Yves Siriez le 09-01-20
S' il faut saluer la reconnaissance du rôle des Réseaux bronchiolite dans le parcours de soins des nourrissons à l’occasion de cette importante mise à jour de la HAS et du Conseil national professionnel de pédiatrie, la non-recommandation de la kinésithérapie respiratoire en ambulatoire peut laisser perplexe. Les professionnels de santé impliqués dans ces réseaux (notamment les masseurs-kinésithérapeutes) voient donc leur engagement au service des familles depuis près de 20 ans reconnu, mais les techniques qu’ils proposent non préconisées…
 
Une lecture attentive de ces nouvelles recommandations (dédiées au premier épisode de bronchiolite) s’impose si l’on souhaite que familles et médecins prescripteurs ne s’arrêtent pas à l’interprétation immédiate et sans nuance que les médias grand public en ont fait. Le risque en effet est double : des prescriptions médicamenteuses inutiles et des recours aux urgences inappropriés.
 
Les techniques de vibrations et de clapping évoquées dans ce texte sont bien sûr contre-indiquées ! Mais la HAS omet de dire qu’elles ne sont plus pratiquées ni enseignées en France depuis près de 30 ans ! Cela est source de confusion. Qu’en est-il de l’augmentation du flux expiratoire (AFE) ? En France comme en Suisse,1,2  la kiné n'a pas montré une efficacité satisfaisante chez les nourrissions hospitalisés, ce qui explique la non recommandation dans cette population particulière (niveau de preuve de grade B). Cependant, les bébés inclus dans ces études ne représentent qu’une très faible part de l’effectif des sujets atteints chaque année, et les résultats ne sont donc pas transposables aux nourrissons pris en charge en ambulatoire.
 
Qu’en déduire pour ceux atteints de formes modérées ? La HAS poursuit ainsi : « L’analyse détaillée de la littérature3 suggère que certains nourrissons pourraient bénéficier d’une amélioration sous kinésithérapie (grade C). » Un peu plus loin : « Des données récentes semblent montrer des améliorations respiratoires transitoires par AFE et nécessiteraient l’emploi de critères de jugement plus pertinents que ceux actuellement proposés en ambulatoire : alimentation, qualité de vie du nourrisson, satisfaction des parents, non- recours hospitalier, etc. » Il est judicieux de penser que « l’expérience des familles » serait plus à même de témoigner de l’utilité de la kinésithérapie dont l’effet symptomatique n’est pas négligeable.
 
En attendant d’autres études, la non-recommandation de la kiné respiratoire en ambulatoire par manque de données probantes ne signifie pas qu’elle est contre-indiquée ni délétère !
 
Au-delà du geste technique, certains nourrissons pourront bénéficier du regard sentinelle des kinésithérapeutes et les médecins d’un retour d’information bien utile sur l’évolution de leurs petits patients.
 
 
1. Gajdos V, Katsahian S, Beydon N, et al.Effectiveness of chest physiotherapy in infants hospitalized with acute bronchiolitis: a multicenter, randomized, controlled trial. PLoS Med 2010;7:e1000345.
2. Rochat I, Leis P, Bouchardy M, et al. Chest physiotherapy using passive expiratory techniques does not reduce bronchiolitis severity: a randomised controlled trial. Eur J Pediatr 2012;171:457-62. 
3. Evenou D, Sebban S, Fausser C, et al. évaluation de l’effet de la kinésithérapie respiratoire avec augmentation du flux expiratoire dans la prise en charge de la première bronchiolite du nourrisson en ville. Kinesither Rev 2017;17:3-8.
 
 
Sydney Sebban (coordinateur médical du réseau bronchiolite Île-de-France), Jean-Yves Siriez (hôpital Robert-Debré, AP-HP, 75019 Paris), La Revue du Praticien Médecine générale, tome 33, n° 1032, décembre 2019, p 863. 





TAG(s) : Pédiatrie