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oxygène
Le bon usage des médicaments : une "tarte à la crème" ?
Gilles Bouvenot le 10-12-19

Une meilleure observation des règles de bon usage aurait-elle pu limiter l'ampleur du drame du Mediator et, plus récemment, la crise de la Dépakine ? L'auteur de ces lignes le pense. Mais combien d'autres accidents iatrogènes se produisent, bien plus nombreux, dont on parle pourtant si peu ?

En France où, plus qu'ailleurs, le médicament est à la fois l'objet de tant de désirs, de tant de suspicion et de tant de polémiques, le respect des règles de son bon usage devrait être considéré comme une ardente et sainte obligation. D'autant que jamais le terme de consommateur, qui tend de plus en plus à se substituer à celui de patient, n'est apparu plus approprié pour définir les rapports que notre société entretient désormais avec ses médicaments. Il résulte en effet de l'évolution des mentalités et des comportements que, si les professionnels de santé doivent toujours être considérés comme la cible prioritaire de tous les messages en faveur du bon usage, il y a lieu de ne pas omettre d'y associer d'une certaine manière les citoyens, désireux d'exercer les droits que leur confère une démocratie sanitaire proclamée et de donner un assentiment éclairé aux décisions thérapeutiques proposées par leurs médecins. Et, face aux questionnements, aux sollicitations du "patient-consommateur" inondé d'informations caricaturales ou erronées, les référentiels de "bon usage" qui disent la science constituent pour le prescripteur l'argumentaire, voire le contre-argumentaire, qui lui permetront de convaincre son patient pour le traiter le plus efficacement et le moins dangereusement possible, tout en se préservant d'éventuelles suites judiciaires.
Tout nouveau plaidoyer en faveur du bon usage, et même lorsqu'il s'agit d'une actualisation, court le risque d'être considéré comme une inutile et fastidieuse redite, une tarte à la crème et donne envie de "zapper" la chaîne sous le prétexte qu'on a déjà vu le film. Il en va pourtant de ces plaidoyers comme il en va des rappels de vaccination : il arrive qu'on ait à regretter de les avoir manqués, surtout dans ces temps de judiciarisation de nos pratiques médicales. D'autant que le constat est sans appel : en matière de prescriptions chez la personne âgée ou chez la femme enceinte, comme en matière de prescription d'anti-inflammatoires non stéroïdiens ou de psychotropes, l'observation des pratiques montre que le bon usage est loin d'être une constante. Redire les messages ne semble donc pas a priori une entreprise inutile. Reste la question de leur impact…