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oxygène
De l'incompréhension de la douleur complexe
Jean-Pierre Bénézech le 10-12-19

Comment considérer la douleur d'une personne quand la plainte n'entre pas dans une case préétablie ?

La douleur est ce mélange de sensations, d'émotions, de comportements*, que nous vivons tous en dimension animale, et plus encore humaine grâce à notre capacité à poser des mots sur ce ressenti. Ce vécu peut dépasser le champ de notre propre personne dans le phénomène de l'empathie qui est une douleur partagée. Notre expérience de la douleur, "colligée intérieurement" au cours de notre vie, "documentée corporellement" dans les divers événements traumatisants qui nous sont advenus, constitue un référentiel suffisamment intime et profond pour que nous le considérions comme universel… Crise de coliques néphrétiques, fracture de membre, règles douloureuses, soins dentaires, et tant d'autres… sont autant de vécus "étalon" pour notre propre représentation de la douleur, pour "ce qui fait mal" et ce "qui n'est pas si douloureux que ça", pour le "on peut le supporter" en opposition à "cette douleur est inacceptable". Ces périodes douloureuses associent, consciemment et inconsciemment, agent traumatisant et sensation vécue, excluant dans leur focalisation logique les circonstances environnementales qui façonnent la complexité. "Quand la migraine me prend, je suis obligée de me coucher pendant 24 heures ; la migraine, c'est très douloureux et invalidant" ; "Mon disque lombaire fait à nouveau des siennes et je ne peux plus bouger"... Le besoin de relier la douleur ressentie à une cause anatomique fait partie de notre héritage de l'homme-machine cartésien et ancre au sein de la société ce paradigme : "La douleur ne peut être qu'une conséquence d'un événement anatomiquement perceptible". La médecine parle de "nociception". La puissance de l'imagerie contemporaine n'a fait que renforcer cette dimension.
Dès lors, lorsque la douleur d'une personne n'entre pas dans ces cases préétablies socialement, le risque de considérer sa plainte comme excessive, voire imaginaire, croît considérablement. Ce que nous jugeons douloureux pour nous (ou non douloureux pour nous) sert de critère ultime pour accueillir (ou rejeter) l'expression de la douleur que formule notre proche ou le malade dont nous nous occupons. "Tu ne vas tout de même pas te plaindre pour…