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Alexandre Mathieu-Fritz. Téléconsultations : vers une nouvelle pratique ?
Serge Cannasse le 30-06-19

Professeur de sociologie à l'université Paris-Est Marne-la-Vallée et chercheur au LATTS (Laboratoire techniques, territoires et sociétés). Il travaille sur le développement de la télémédecine depuis 2009.

La téléconsultation est-elle pour le médecin une consultation "comme les autres" ?
Non, il se produit de nombreuses choses auxquelles il ne s'attendait pas. Il constate d'abord qu'il n'appréhende pas ses patients comme il le fait d'habitude : leur voix, leur présentation, leur aspect physique, la façon de s'adresser à eux ne sont pas les mêmes, ce qui induit parfois un sentiment diffus et inconfortable de distance. Il a aussi l'impression de percevoir moins complètement leurs émotions, ce qui pose évidemment un problème en psychiatrie, mais aussi de manière beaucoup plus large dans les autres spécialités, notamment en gériatrie et en médecine générale. Toute une série d'éléments qui tiennent à la présence physique des personnes sont absents : la vigueur de leur poignée de main, la chaleur de leur paume, leur aspect général quand ils entrent dans le cabinet, leur odeur, leur peau, l'ensemble de leur corps, puisque souvent ils ne sont pas filmés complètement, et donc certains éléments du langage du corps (petits gestes, soupirs, signes discrets d'approbation ou d'hésitation, etc.). Il lui manque ce que les sociologues appellent des "prises", c'està- dire tout un ensemble de perceptions sur lesquelles un professionnel s'appuie pour orienter et affiner ses hypothèses et son diagnostic. Son jugement lui parait moins assuré. Il n'est pas certain de remplir tous les critères de ce qui est pour lui du "bon travail". Cela explique qu'il adopte fréquemment une posture attentiste (voyons ce que ça donne chez les autres) ou expérimentale (commençons très progressivement), avec le sentiment d'une pratique pas tout à fait légitime que parfois il n'ose pas dévoiler.
Lors des téléconsultations organisées entre institutions, il ne s'agit plus d'un colloque singulier…