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Sommaires de la revue du praticien
oxygène
1950-2050 : un siècle de traitement de l'hypertension artérielle
Joël Ménard le 20-12-19

En 2030, dans une petite ville des bords de Loire, 3 000 habitants dispersés sur 100 km2 vivent en paix. Ils n'ont plus qu'un seul médecin d'une quarantaine d'années, une femme, très gentille, dit la rumeur. L'autre médecin a pris sa retraite à 65 ans dans une petite maison assez près du fleuve dont il aime regarder les allures changeantes avec les saisons. Boueuse et impétueuse en hiver, la Loire est quasi immobile en été, quand le sable est plus visible que l'eau et que les barrages sont à sec.
Sur la place du village, à côté de l'église au clocher pointu sur lequel tourne un coq au gré des vents, le pharmacien a installé dans sa pièce de confidentialité un appareil de mesures répétées automatiques de la pression artérielle. Une personne est assise tranquillement, seule, dans cette pièce, petite mais claire. Dans le silence, après 5 minutes de repos dans un fauteuil confortable à côté d'une petite table, l'appareil oscillométrique automatiquement programmé se déclenche 6 fois toutes les minutes après un repos de 5 minutes. Il fait la moyenne des 5 dernières mesures et les télétransmet au dossier du médecin et au dossier pharmaceutique où sont enregistrées pendant une année les dispensations de tous les médicaments. Sexe, âge, taille et poids sont enregistrés.
Un jour où il passait à la pharmacie pour acheter une brosse à dents, Monsieur X., âgé de 48 ans, s'est offert la mesure tensionnelle remboursée 10 euros à chaque assuré social français une fois tous les 5 ans à partir de l'âge de 20 ans, et une fois tous les 2 ans à partir de 50 ans. Les valeurs sont anonymisées et transmises pour un suivi continu de la pression artérielle en France, qui remplace les enquêtes périodiques antérieures, massivement utiles mais insuffisantes. Cet homme est très fier de ne jamais aller chez un médecin : solide, un roc ! Pas comme sa mère qui est morte subitement la nuit à 72 ans, sans que personne ne sache exactement de quoi ! À sa grande surprise, l'appareil inscrit une moyenne de 148/92 mmHg, et le pharmacien lui propose la transmission des chiffres au médecin.
Quand elle reçoit Monsieur X., quelques mois plus tard (il était trop occupé pour venir…